Pendant toute mon enfance et adolescence, j'ai été constamment abreuvé par les éloges sur les "formidables avancées" du progrès technique.

Depuis, je suis content d'avoir aiguisé mon esprit critique à ce sujet.

Car le progrès est réellement formidable dans les domaines de la Santé et de la science (quand il reste dans le domaine du soin et non pour répondre aux envies de célibataires voulant un bébé aux yeux bleus par GPA...) ou de la sécurité routière par exemple. Mais, il peut être très critiquable sur bien d'autres aspects. Je réfute l'approche Rousseauiste de la technique : Le progrès n'est pas naturellement bon.

Je pense surtout à l'évolution ultra rapide et continuelle des nouvelles technologies de l'informatique et de la communication, depuis des décennies.

 

Internet et son essor

L'essor des usages d'internet a révolutionné notre façon de vivre, de consommer au quotidien.

Il y a de nombreux aspects trés positifs : Rencontres virtuelles ciblées (amicales, professionnelles ou amoureuses) débouchant sur du concret. Nouvelles façon de consommer, plus pratiques (réservations de voyages...) vertueuses, écologiques, avec le troc, la vente directe des producteurs, la location, l'échange, la 2nd main.. 

 

 

Il est bien plus aisé et fun de réaliser un arbre généalogique aujourd'hui avec internet. 

 

L'administration publique française a mis du temps à se mettre à la page, mais il est désormais très pratique de ne plus avoir à se déplacer et faire la queue pour refaire ses papiers ou régler ses impôts ... Les sites dédiés sont globalement trés bien conçus.

 

 

Pourtant,

Mais il y a aussi tous les excès du virtuel, permises grâce à l’événement du numérique : Superficialité, appli débilitantes, solitude, mal-être comparatif, harcèlement... En effet, les relations humaines n'échappent pas à la dématérialisation croissante et celle-ci vient donner un coup de massue à l'authenticité. Voir mon article sur la déshumanisation de la société.

 

Il y a aussi la fâcheuse tendance à la sur-consommation à outrance (les sites marchands comme Amazon sont conçus pour vous faire acheter avec le moins de "clics" possibles)

 

Intelligence artificielle

Il faut également parler de l’extraordinaire et de plus en plus effrayante évolution de l'Intelligence Artificielle. Les applis de discussions par GPT, qui parviennent à composer un texte très cohérent en synthétisant une multitude d'écrits de toutes sources, me font peur.

Des classes entières tentent de faire leurs devoirs grâce à ces logiciels et il devient de plus en plus difficile pour les professeurs de faire la différence avec un essai authentique. L'IA peut même composer des poèmes...

Le temps des simples "copier/coller" de pages Wikipedia est déjà dépassé. D'ailleurs, ce sont les principaux acteurs de ces progrès de l'IA qui aujourd'hui réclament une pause ! Par crainte de conséquences dramatiques pour l'humanité.

 

 

La puissance des algorithmes, que nous contribuons tous les jours à entrainer, développer, complexifier par nos actions en ligne, a des conséquences très préoccupantes : Première chose qui vient à l'esprit, la suppression de milliers d'emplois. Y compris intellectuels, de cadres...   Mais aussi,  l'enfermement dans une "bulle algorithmique", qui va tendre à nous présenter seulement les informations auxquelles nous sommes sensibles, ou selon notre sensibilité politique, nos valeurs..

Ou bien nous faire croire que quelques cas particuliers "bruyants" correspondent à la généralité.

C'est là un véritable piège et appauvrissement intellectuel, car il faut désormais réaliser un véritable effort intellectuel pour prendre connaissance de l'ensemble du spectre informationnel... C'est à dire se mettre en mode "manuel" et débusquer, par soi-même, des sources éloignées de ses propres valeurs ou des médias généralistes.

 

En 2025, Geoffrey Hinton, prix Nobel de Physique a déclaré que l'IA est pour l'humanité, "plus dangereuse que la bombe atomique" . Il a même démissionné de son prestigieux poste chez Google pour mettre en accord sa pensée avec ses actes.

 

 

Critique du progrés technique

L'essor de l'IA crée un véritable danger civilisationnel... : Les rapports humains, l’économie sont bouleversés. 

Selon Musk, la meilleure réponse à la destruction des emplois par l'IA est... Que les travailleurs ne travaillent plus. L'entrepreneur explique qu'à partir du moment où l'intelligence artificielle sera développée presque partout, il n'y aura quasiment plus besoin de travailler : "l'IA et la robotique vont produire des biens et des services bien au-delà de la masse monétaire actuelle. Il n'y aura donc tout simplement plus d'inflation."

Mais comment allons-nous pouvoir payer nos loyers, taxes et biens du quotidien si plus personne ne peut travailler ? Musk explique que la destruction des emplois par l'IA emmènera une petite révolution nécessaire au bon fonctionnement de la société : un revenu universel.

"Un revenu universel élevé et émis par le gouvernement sera la meilleure façon de gérer le chômage causé par l'IA", explique Elon Musk. Une position qui n'est pas nouvelle pour l'entrepreneur qui plaidait déjà pour ce type de revenus en 2016 ainsi qu'en 2019, en soutenant une idée semblable proposée par un sénateur démocrate aux Etats-Unis.

Le Progrès technique historiquement

 

Si l'on remonte brièvement le fil de l'histoire, on s’aperçoit que le progrès technique a aussi fait beaucoup, beaucoup de mal à l’humanité. Lorsque les 1ers métiers à tisser ont débarqué en Angleterre au cours de la 1ére révolution industrielle, il a mis au chômage et dans la détresse sociale des millions de personnes. Presque du jour au lendemain, leur savoir-faire durement acquis ne servait plus à rien. Horrible.

Pendant la période des Trente-Glorieuses, "nous avons scellé avec le Progrès Technique, un pacte Faustien : Il devait nous délester des tâches indignes du génie humain (...)  Mais en "orchestrant le mouvement d'externalisation de nos aptitudes les plus fondamentales, le progrès technique nous a dépouillés de nos spécifiés intellectuelles et créatrices en tant qu’espèce" (Alexandre Deveccchio, Le Figaro, Octobre 2025)

Idem dans les années 60-70, pour la catastrophe sociale du démantèlement des usines et hauts fourneaux dans le Nord et l'Est de la France. Là encore, le savoir-faire des ouvriers représentait une grande fierté, leur dignité, à juste titre. Conseil de lecture : Les Barons du Fer.

La fermeture des usines métallurgiques, délocalisées à l'autre bout du monde pour des questions de coût de production, ont plongé tant de familles dans la misère, le quart-monde.

D'ailleurs, le coût social sur plusieurs décennies, en terme d'aides, d'assistanat, de soins de santé (alcoolisme, tabagisme, violences intra-familiales...) directement liés à ces fermetures est aujourd'hui BEAUCOUP plus élevé que le coût économique de mesures protectionnistes qu'on aurait pu mettre en place afin de maintenir ces usines en France.

Quel échec cuisant de nos politiques ! Aucune vision. Misérable lâcheté politique. Soit disant avions nous à faire à des esprits brillants !! Je me marre !

Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique
Critique du progrés technique

Bibliographie

 

Dans son essai Risquer la Prudence, sur la notion aristotélicienne de Phronésis,  Catherine Van Offelen explique que La puissance de l'IA réalise le rêve cartésien de séparation du raisonnement et des émotions. Mais elle nous cantonne à un cheminement réglé sur le trafic des autres.

 

Dans le passionnant Techno-critiques, François Jarrige revient sur l’histoire et l'essor des techniques depuis l'antiquité et remet en cause leurs toute-puissance, leur intérêt pour l'humanité, si indiscutable. Au final, les bénéfices du progrès technique sont très loin d'être incontestables.

Au lieu d’interpréter ce désintérêt (sacrilège ! ) des sociétés dites "primitives" pour le progrès technique, l'auteur explique que, par exemple, les indiens ont préféré exercer leur intelligence et leur esprit d'invention ailleurs : dans le développement du jeu social, dans la création d'un univers magico-religieux à la fois riche et complexe et dans l'observation et l'expérimentation du milieu naturel ambiant. Au final, qui est le plus heureux ?

 

Dans le très gros succès mondial Sapiens, Yuval Noah Harari explique bien le point de bascule trés crucial dans l'histoire humaine, entre l'époque des simples chasseurs-cueilleurs néandertaliens et le passage aux 1ers agriculteurs,aux 1éres récoltes. A partir du moment où l'homme a commencé à faire de la production agricole, à semer, un énorme pas dans le confort à été franchi. Les hommes se sont sédentarisés, la faim s'est beaucoup calmée et ainsi les groupes de population se sont agrandies et multipliés. Départ d'un énorme cycle "vicieux" exigeant d’exploiter toujours plus de nouvelles ressources, donc polluer, exploiter des populations etc...

 

Avec Un monde sans travail, Daniel Susskind s'interroge sur l’avenir du travail au XXIᵉ siècle. Les avancées technologiques vont nous rendre certainement plus riches, plus performants, plus agiles que jamais, mais elles empiètent toujours plus sur le travail tel que nous le connaissons. J'invite à lire mon article sur la déshumanisation de la société , où j'évoque les ravages des nouvelles technologies sur notre humanité (solitude, isolement techno...) 

Pourquoi ne pas taxer la robotisation ? Cela me semble absolument légitime.

Il est prouvé qu'1 emploi amazon crée, remplace 2 emplois réels. Parce qu'une robotisation est toujours introduite dans ce genre de compagnie (source : 1 Emploi amazon détruit 2 emplois réels)

 

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Avec Face à la Puissance Technologique, Edouard V.Piely, rend hommage à la réflexion trés pionnière du penseur Jacques Ellul.

Pour ce brillant philosophe, évidemment taxé de conservatisme, la "Technique" est un système total et totalisant, qui produit des artefacts avilissants, bouleverse nos représentations et provoque une fascination mortifère. Le gigantisme technologique "étouffe et écrase l'individu, créée une société qui ne propose qu'une voie sans issue, celle de la logique froide et rationalisées, technocratique, oublieuse des rapports humains et du milieu naturel"

 

Dans le récent Le Désert de nous-même, le philosophe Eric Sadin décrit la prise de pouvoir du langage de programmation sur le langage naturel. Il poursuit : "L'élan vital des êtres ne saurait prospérer dans le corset de la prédictibilité"  Nous sommes plus que jamais les "architectes de notre démolition" .

Complices de nos finitude, traitres de notre grandeur, nous ne méritions peut-être pas d'habiter notre propre désert (Alexandre Devecchio, Le Figaro, Octobre 2025) Il faudrait nous élever en conservateurs du vivant. "Défendre la fêlure, sauvegarder les aléas que le pragmatisme moderne s'évertue à éradiquer, à sauver les gravats d'âme qui survivent en nous"

 

Avec Le temps de obsolescence humaine, Bruno Patino observe et analyse ce moment de notre histoire où la révolution numérique atteint son apogée, celle des intelligences artificielles. Nous sommes désormais pris en charge. Les outils et les algorithmes nous interpellent, nous encadrent, nous guident, choisissent à notre place. Ils répondent aux questions que nous ne nous posions pas. Jouent avec nous. Se jouent de nous. Cette dernière révolution nous laisse  amers et épuisés. Nos cerveaux sont saturés de dopamine, ne connaissant ni vide, ni repos. Tout comme nos yeux, nos doigts, nos corps. Nos vies sont fragmentées, à l’image du monde. Peut-être devenons-nous des mines à ciel ouvert, aspirés et malmenés par le monde de la donnée, au cœur du d’une réalité qui semble elle-même s’effacer ?
Telle n’était pas la promesse du progrès et nous voici pris de vertige : sommes-nous entrés dans une nouvelle civilisation, à la croisée du sommeil perdu, de l’hypnose et de la soumission ? Ou bien vivons-nous la dernière heure de l’homo sapiens ?

 

 

 

Critique du progrés technique

Depuis plus de 10 ans, la série dystopique Sapiens alerte sur la place grandissante des nouvelles technologies dans notre quotidien.

Les assistants personnels se sont implantés dans les foyers, les influenceurs monnaient leur plus précieuse intimité sur les réseaux sociaux, des campagnes de désinformation massive ont bouleversé les élections partout dans le monde et ChatGPT est à deux clics de remplacer les scénaristes hollywoodiens en grève.

Sans parler des ravages du harcèlement en ligne pour les collégien.e.s et lycéen.e.s.

Je parlais des progrès techniques et scientifiques dans le domaine de la Santé. Ils sont énormes (ARN messager, Prévention et traitement des cancers..)  Cependant, il faut nuancer cela : Aujourd'hui, la science est détournée de son objectif premier, Soigner , pour répondre à des désirs, des manques, des caprices : Gestation pour autrui, sélection d'enfants sur catalogues pour des mères célibataires... Cette tentation de "bricoler" le vivant est bien expliqué dans l'essaie de Jean-Baptiste de Panafieu.  

Critique du progrés technique

Je conclus par une pensé de John Von Neumann, l'inventeur de la bombe H, l'ordinateur, la théorie des jeux : "Ce n'est pas le pouvoir destructeur particulièrement pervers de telle ou telle invention qui créée un danger. Le danger est intrinsèque. Il n'y a pas de remède au progrès"

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